La situation se dégrade fortement dans les principaux centres de production de chaussures du pays. L'Association espagnole des entreprises de composants pour la chaussure et la maroquinerie (AEC) tire la sonnette d'alarme, avertissant que le secteur est au bord de l'effondrement. Il ne s'agit pas d'un simple revers passager, mais d'une véritable hémorragie d'entreprises et d'emplois qui menace d'anéantir une tradition industrielle faisant vivre des milliers de familles dans des régions comme Valence, Castille-La Manche et La Rioja.
L'association patronale affirme que le secteur ne peut plus supporter la pression et que, sans un plan concerté entre les différents organismes gouvernementaux pour renforcer la compétitivité de la chaussure espagnole , les dégâts seront irréversibles d'ici quelques années. La concurrence féroce des marchés asiatiques et la flambée des coûts de production contraignent les usines espagnoles à fermer leurs portes, un phénomène qui ne semble pas près de s'enrayer si des mesures immédiates ne sont pas prises.
Un tissu économique qui s'effrite de minute en minute

Les chiffres dont dispose le secteur sont alarmants. Entre 2020 et 2025, 1 149 entreprises manufacturières ont disparu , soit une perte de 35 % pour le tissu industriel national. Au cours de la dernière année pour laquelle des données complètes sont disponibles, près de 200 entreprises ont fermé leurs portes, et la tendance observée jusqu’en 2026 est loin d’être encourageante. La situation est particulièrement dramatique dans la Communauté valencienne, où 37 % des entreprises ont disparu en un temps record.
Cet effondrement ne touche pas seulement les grandes entreprises ; il frappe particulièrement durement les micro-entreprises. Il s'avère que la grande majorité des entreprises restantes comptent moins de dix employés , voire aucun, ce qui les rend extrêmement vulnérables en période de crise. Faute de ressources financières suffisantes pour traverser cette période difficile, nombre de ces petites entreprises finissent par fermer leurs portes, incapables de rivaliser sur un marché mondialisé où les prix sont rois.
L'activité dans les bâtiments industriels a également connu un net ralentissement. L'indice de production industrielle du secteur a enregistré une chute libre de 29,1 % au printemps dernier, un chiffre qui reflète parfaitement le fait que les machines restent inactives plus longtemps que nécessaire. Cette inactivité est due à un contexte international de plus en plus complexe et à une demande qui, entre la hausse des prix et l'incertitude économique, peine à décoller et à apporter un certain soulagement aux industriels.
Le défi de rivaliser avec les géants de l'Asie
Sur la carte mondiale de la chaussure, l'Espagne occupe actuellement une position très modeste face aux géants. Elle ne produit qu'à peine 0,3 % de la production mondiale, un chiffre dérisoire comparé aux 13.000 milliards de paires fabriquées chaque année par la Chine. Tandis que les producteurs asiatiques inondent le marché de prix imbattables, les entreprises espagnoles doivent composer avec des coûts de production deux à trois fois supérieurs à ceux pratiqués dans des pays comme le Vietnam ou l'Inde.
Même au sein de l'Europe, les disparités salariales constituent un problème majeur. En Espagne, le coût horaire s'élève à 15,38 €, tandis qu'au Portugal, il atteint à peine 10 €, et dans les pays d'Europe de l'Est, il oscille entre 5 et 8 €. Cet écart rend le maintien de la production nationale quasi impossible sans un engagement fort en faveur d'une spécialisation maximale et d'une conception de haute qualité. Le secteur réclame avec insistance des mesures pour alléger cette pression fiscale et salariale afin d'éviter de perdre le peu de terrain qui lui reste.
La balance commerciale se détériore également de manière inquiétante. L'an dernier, l'Espagne a importé plus de 370 millions de paires de chaussures, en grande majorité d'Asie, tandis que nous n'en avons exporté que 167 millions. Ce déséquilibre a engendré un déficit commercial de 1.860 milliard d'euros, un chiffre qui démontre clairement que nous achetons beaucoup plus de chaussures à l'étranger que nous n'en vendons sur le marché intérieur. La pression extérieure est si forte que les industries auxiliaires – celles qui fabriquent les lacets, les semelles et les ornements – commencent elles aussi à montrer des signes de faiblesse.
Exigences pour sauver une chaîne de valeur stratégique
Face à ces perspectives sombres, AEC a formulé une série de demandes très précises pour tenter de redresser la situation. Sa principale revendication porte sur une plus grande flexibilité en matière d'embauche , car le système actuel de travailleurs saisonniers est mal adapté à un secteur entièrement dépendant de la saisonnalité et de la volonté des consommateurs de renouveler leur garde-robe. L'entreprise a besoin d'outils lui permettant d'adapter ses effectifs à la charge de travail réelle sans risquer la faillite.
Il est également essentiel de renforcer les contrôles douaniers. Nul n'ignore que de nombreux produits étrangers entrent dans le pays sans respecter les normes de sécurité et de durabilité exigées des fabricants européens. C'est pourquoi des droits de douane plus stricts et une surveillance accrue sont réclamés afin de garantir une concurrence équitable. On ne peut exiger d'une usine d'Elche qu'elle soit ultra-durable et verse des salaires européens si elle doit se positionner sur le même marché que des chaussures provenant de pays où les droits des travailleurs sont pratiquement inexistants.
La numérisation et la formation des travailleurs sont d'autres domaines clés qui nécessitent des investissements décisifs. Le renouvellement générationnel est un problème bien réel ; il est devenu difficile de trouver des jeunes prêts à apprendre le métier de cordonnier, d'où l'importance cruciale de promouvoir le nouveau centre de formation du secteur . Par conséquent, l'association patronale insiste sur le fait que les pouvoirs publics doivent encourager les investissements productifs et soutenir les salons professionnels, vitrines incontournables où nos entreprises peuvent présenter le design et la qualité qui nous distinguent encore aujourd'hui à l'international.
L'industrie espagnole de la chaussure se trouve à un tournant décisif : les institutions ne peuvent plus se permettre de tergiverser ni de tergiverser. Le secteur a largement démontré sa résilience et son expertise, mais la combinaison actuelle de coûts exorbitants et d'une concurrence déloyale fragilise les fondements d'une chaîne de valeur qui génère des milliers d'emplois directs et indirects. Seuls un engagement ferme et une stratégie industrielle solide peuvent empêcher ce secteur stratégique de disparaître, préservant ainsi l'emploi qualifié et le lien profond qui nous unit à nos communautés et qui nous définit.

