La mise en œuvre de la directive (UE) 2024/3019 a suscité de vifs débats au sein du monde des affaires espagnol, notamment parmi les fabricants de produits de beauté et d'hygiène personnelle. Si l'objectif de protéger l'environnement et d'améliorer la qualité de nos rivières et de nos mers fait l'objet d'un consensus, le mode de financement proposé pour la modernisation des stations d'épuration a provoqué une forte controverse. Les principales organisations professionnelles, en particulier Stanpa, ont appelé à une extrême prudence dans la mise en œuvre de cette législation en Espagne, afin de ne pas compromettre la compétitivité d'un secteur essentiel à l'économie nationale.
Le point de blocage réside dans la Responsabilité Élargie du Producteur (REP), un système qui oblige les entreprises cosmétiques et pharmaceutiques à financer l'élimination des micropolluants des cours d'eau urbains. Ce système représente un changement de règles du jeu qui, selon les experts, pourrait engendrer une incertitude économique et réglementaire difficile à accepter pour de nombreuses entreprises. En effet, ces secteurs sont directement pointés du doigt comme principaux responsables d'une pollution dont l'origine, de l'avis des associations professionnelles, est bien plus diverse et complexe que ne le laisse entendre la réglementation européenne.
Un impact économique qui vous empêche de dormir.
Pour chiffrer précisément le coût de ce nettoyage en profondeur de nos eaux, les organisations professionnelles se sont appuyées sur des rapports techniques externes qui révèlent des données alarmantes. On estime que la facture annuelle pour les entreprises espagnoles oscillera entre 134 et 346 millions d'euros, ce qui représenterait une dépense astronomique pouvant atteindre 7.000 milliards d'euros sur les deux prochaines décennies . La situation est d'autant plus délicate que les substances qui seront exemptées et les modalités exactes du système de contribution collective restent à définir.
Face à cette situation, l'industrie exhorte le gouvernement espagnol à la modération dans sa réaction lors de l'adaptation de la loi et à se limiter aux exigences minimales fixées par Bruxelles. La proposition des entreprises est claire : que les producteurs prennent en charge 80 % des coûts, les 20 % restants étant couverts par des fonds publics, l'assainissement étant un service d'intérêt général. Il est important de rappeler qu'à ce jour, l'Espagne a encore un long chemin à parcourir pour mettre en œuvre des technologies de traitement quaternaire dans ses stations d'épuration , technologies pourtant essentielles pour filtrer les actifs cosmétiques utilisés dans les soins de la peau et autres micropolluants.
Des doutes juridiques au cœur de l'Europe
Il ne s'agit pas seulement d'argent ; la bataille se joue aussi devant les tribunaux. Le modèle actuel est contesté par plusieurs États membres : la Pologne a saisi la Cour de justice de l'Union européenne et l'Irlande s'interroge sur l'équité de ce système de responsabilité. Le Parlement européen a récemment pris des mesures, demandant de nouvelles études pour identifier plus précisément les véritables pollueurs de l'eau avant de facturer les secteurs cosmétique et pharmaceutique, afin de garantir une application réelle et proportionnelle du principe du « pollueur-payeur ».
C’est pourquoi les représentants de l’industrie insistent sur le fait qu’aucune décision irréversible ne devrait être prise tant que le cadre juridique de l’UE demeure aussi instable. Il est crucial que la future loi espagnole soit suffisamment flexible pour s’adapter aux décisions des juges européens dans les prochains mois. Parallèlement, les entreprises continuent de défendre leur engagement en faveur du développement durable, mais exigent que la transposition de la directive soit équilibrée et juridiquement solide afin d’éviter que l’investissement et l’emploi dans le secteur cosmétique ne soient affectés négativement par une réglementation précipitée.
L'avenir de la gestion de l'eau en Espagne entre dans une phase cruciale où la collaboration entre le ministère de la Transition écologique et le secteur privé sera essentielle. Il est primordial de trouver un équilibre permettant de répondre aux ambitions environnementales de l'Union européenne sans entraver économiquement l'industrie cosmétique. La mise en place d'un système de financement révisable, fondé sur des données scientifiques solides, apparaît comme la seule solution pour garantir l'accès à une eau potable sans faire peser un fardeau insupportable sur l'innovation et le développement industriel de notre pays.

