En oncologie, l'état nutritionnel est généralement considéré comme le reflet du bien-être général du patient. Cependant, dans certains types de cancer, la nutrition revêt une importance particulière car la maladie elle-même peut altérer directement la capacité à s'alimenter. C'est précisément le cas des tumeurs de la tête et du cou, qui affectent des structures essentielles aux fonctions quotidiennes telles que la mastication, la déglutition, la parole, voire la respiration.
Les spécialistes alertent sur le fait que la malnutrition est l'une des complications les plus fréquentes et les plus graves chez ces patients, et que sa prise en charge doit être intégrée dès le diagnostic. En Espagne, on estime à environ 10 000 le nombre de nouveaux cas de tumeurs de la tête et du cou diagnostiqués chaque année, avec une incidence deux à quatre fois plus élevée chez les hommes que chez les femmes, notamment après 50 ans. De plus, une augmentation annuelle de 30 % de l'incidence mondiale est prévue d'ici 2030, selon les données de la Société espagnole d'oncologie médicale (SEOM).
Malnutrition et sarcopénie : les deux faces d'une même médaille
La localisation de la tumeur peut provoquer des douleurs à la déglutition, des difficultés à mâcher, une sensation d'obstruction, une altération du goût ou une perte d'appétit. À cela s'ajoutent les effets indésirables des traitements tels que la chirurgie, la radiothérapie ou la chimiothérapie, qui peuvent entraîner une mucite (ulcères du tube digestif), une inflammation, une sécheresse buccale et d'autres symptômes qui entravent davantage l'alimentation. De ce fait, la prévalence de la malnutrition chez ces patients est parmi les plus élevées de tous les types de cancer , selon de nombreuses études internationales.
Lorsqu'une personne cesse de s'alimenter correctement pendant plusieurs semaines, elle perd non seulement du poids, mais aussi de la masse musculaire, de la force et ses capacités fonctionnelles. Cela peut affecter son autonomie, sa qualité de vie et même sa capacité à suivre les traitements prévus. Les experts sont particulièrement préoccupés par la sarcopénie, la perte progressive de masse et de fonction musculaires qui, bien que souvent associée au vieillissement, est également fréquente chez les patients atteints de cancer et peut survenir même chez ceux qui conservent un poids apparemment normal. Des données scientifiques établissent un lien entre la sarcopénie et des taux plus élevés de complications, des hospitalisations plus longues et des résultats cliniques moins favorables . C'est pourquoi un nombre croissant de recommandations internationales préconisent une évaluation systématique de l'état nutritionnel dès les premiers stades de la maladie.
Dysphagie et approche interdisciplinaire
Un autre aspect important des tumeurs de la tête et du cou est la difficulté à avaler, appelée dysphagie. Cette affection peut compromettre l'hydratation, limiter l'apport alimentaire et augmenter le risque de complications respiratoires, impactant considérablement la vie quotidienne des patients. Pour les spécialistes, la prise en charge nutritionnelle doit s'inscrire dans une démarche interdisciplinaire impliquant oncologues, chirurgiens, orthophonistes et psychologues . La nutrition n'est plus simplement une recommandation de bonnes habitudes alimentaires, mais devient une véritable intervention thérapeutique. Le dépistage précoce des troubles de l'alimentation permet une intervention avant l'apparition de complications graves.
À cet égard, les associations de patients et de professionnels soulignent que la nutrition demeure une dimension sous-estimée des soins oncologiques, malgré son influence directe sur les résultats cliniques et le bien-être des patients. Manger, passer du temps en famille et pratiquer des activités quotidiennes sont des aspects essentiels qui peuvent être négligés, mais qui méritent la même attention que les autres composantes du traitement.
Intervention nutritionnelle précoce : une opportunité d'améliorer les résultats
Dans un contexte où de plus en plus de personnes survivent au cancer ou vivent avec la maladie pendant de longues périodes, les spécialistes s'accordent à dire que l'intégration d'une évaluation et d'un soutien nutritionnels dès les premiers stades représente une réelle opportunité d'améliorer les résultats cliniques , de réduire les complications et de préserver la qualité de vie. Les principaux facteurs de risque demeurent le tabagisme et la consommation d'alcool, même si l'importance de l'infection par le papillomavirus humain (VPH) est croissante.
La nutrition dans le traitement des tumeurs de la tête et du cou n'est pas un simple complément : c'est un outil thérapeutique qui, correctement mis en œuvre, peut faire toute la différence entre un traitement réussi et un traitement semé d'embûches. C'est pourquoi, en Espagne, un nombre croissant d'hôpitaux et de centres de cancérologie intègrent des unités de nutrition spécialisées à leurs équipes multidisciplinaires, afin d'offrir une prise en charge globale qui réponde à la fois aux besoins de la maladie et aux besoins quotidiens du patient.